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Cloud Computing : des nuages à l’horizon ?

Cloud computing Le « Cloud computing » n’est pas un phénomène nouveau, Microsoft a été le premier à employer ce terme il y a presque 10 ans lors du lancement de sa plate-forme de développement web « .Net ». On suppose que le terme de Cloud (nuage) a été choisi en référence aux schémas informatiques qui matérialisent depuis toujours la « nébuleuse » Internet par ce symbole… Si le concept n’est pas nouveau, on peut dire qu’il n’a jamais autant été à la mode que depuis ces derniers mois. Les revues ou sites web spécialisés regorgent d’articles à la gloire de cette « nouvelle » vision qui, on n'en doute pas, va révolutionner notre façon d’appréhender l’informatique. Le géant IBM lui-même s’est fendu récemment d’un spot-télé pour nous confirmer son implication dans le nouvel Eldorado des fournisseurs de services…


C’est quoi exactement le Cloud computing ?

Le Cloud computing n’est pas un concept tangible en soi, mais plutôt la mise en pratique conjointe de plusieurs technologies parvenues à une certaine maturité, à savoir : l’usage aujourd’hui répandu de « fermes de serveurs » (sorte de pools de ressources informatiques à haute disponibilité modulaires, généralement virtualisés, permettant de s’adapter aux variations de charge), les progrès réalisés autour des applications dites « en ligne » ( Web 2.0 et 3.0), et enfin la généralisation de l’Internet et le développement des réseaux à haut débit.

L’évolution de ces technologies permet aujourd’hui d’envisager sérieusement des changements dans l’informatique dite « traditionnelle ».

On fait souvent l’analogie entre l’électricité et le Cloud computing. En effet, peu de particuliers ou d’entreprises possèdent leur propre centrale électrique ! Lorsqu’on a besoin d’électricité, on se branche à une prise, cela ne veut pas dire qu’on se préoccupe de savoir qui la produit et où. Le Cloud computing, c’est un peu la même chose, l’informatique devient un service, je me branche à l’Internet et ça fonctionne, peu importe qui gère mes données et où sont-elles stockées, je paye un abonnement mensuel pour accéder aux services dont j’ai besoin, et c’est tout…

La question est : peut-on considérer que la fourniture d’électricité et la gestion de nos données personnelles ou professionnelles doivent être considérées sur un même pied ? La réponse semble être non, il faudra donc être prudent…

Une chose est sûre, tout le monde est concerné, autant les particuliers que les entreprises, petites comme grandes.

Comment ça marche ?

Le Cloud est souvent résumé par les formules « x as a service » et « pay as you go ».

On évoque aussi parfois le terme de SaaS (Software as a Service ou logiciel en tant que service) qui est un des piliers du Cloud. Le principe est de proposer un abonnement à un logiciel mutualisé plutôt que l'achat d'une licence. Dans cet esprit, on pourra aller plus loin : on parlera par exemple de IaaS (Infrastructure as a Service) : dans ce cas c’est toute la configuration, y compris matérielle qui est louée à la demande : serveur(s), stockage, système d’exploitation, etc., bref, une salle informatique complète et déportée, -presque- rien que pour vous !

Quelles applications peuvent être gérées par un Cloud ?

Les particuliers utilisent déjà des Clouds sans le savoir, les applications Google, les réseaux sociaux FaceBook et Twitter, pour ne citer qu’eux, fonctionnent selon la philosophie Cloud…

Pour les entreprises, bien sûr, cela représente une remise en question du modèle actuel. Cependant certaines ont déjà fait le grand saut pour des applications de type messagerie et agendas, bureautique simple, web-conférence, voire certains de leurs outils de gestion. Beaucoup ont recours au Cloud pour tester ou développer de nouvelles applications : ce genre de plate-forme est en effet rapidement opérationnel et très économique.

Demain, la liste devrait s’allonger, et des applications de simulations, de production d’images de synthèse, de CAO, ou de DataWareHousing, réputées très gourmandes en puissance de calcul et de stockage, pourraient se retrouver, elles aussi, dans les nuages.

D’ores et déjà certains secteurs se sont mis à la page, en particulier celui du jeu-vidéo, où l’on ne parle plus que de « Cloud gaming », ou GaaS (Game as a Service). Voilà qui pourrait bien révolutionner le marché tel qu’on le connaît aujourd’hui : des abonnements à un catalogue du type « jeu vidéo à la demande » pourraient se substituer à l’achat traditionnel sous forme de licence unique, à l’instar de ce qui se pratique pour la musique en ligne. La console classique actuelle dans laquelle il faut réinvestir régulièrement pourrait laisser la place à un simple terminal connecté ou même un à boîtier intégré au téléviseur (comme c’est le cas avec les décodeurs TNT d’aujourd’hui), voire à une option dans l’offre Internet des FAI… Autant dire que certains monopoles risquent d’être mis à mal, et les commerces spécialisés voir leur clientèle fondre rapidement !

Qu’est ce que cela va changer ?

Si, comme le veut le principe du Cloud, les entreprises achètent moins de matériels et de logiciels, du fait de la mutualisation et de la virtualisation, c’est tout le secteur de l’informatique professionnelle qui sera plus ou moins impacté.

Au sein des entreprises, les personnels chargés jusqu’ici des tâches inhérentes à l’informatique « traditionnelle » (déploiements, mise à niveau, maintenance, etc.) vont connaître une mutation dans leurs attributions, vraisemblablement pour se concentrer sur les fonctions de supervision, de suivi, de contrôle qualité, etc.

De nombreux autres changements seront à prévoir et devront être anticipés par les clients des Clouds (voir plus loin, « un colosse aux pieds d’argile »).


Quels sont les avantages de ce modèle ?

Le premier argument auquel sont sensibles les entreprises, est bien entendu financier. Les DF ont très vite compris qu’opter pour cette stratégie, leur permettrait de réduire les coûts de possession (pas de serveurs et de logiciels à acquérir et à déployer) et donc de favoriser le fonctionnement au détriment de l’investissement. Par ces temps de crise, il est des arguments qui font facilement mouche !

Rajoutons que les dépenses étant engagées sous forme de loyers, les budgets peuvent être plus facilement évalués à l’avance, à l’instar de ce qui se pratique pour une flotte automobile en location, d’autant qu’il s’agit de formules « tout compris » (mise à disposition des ressources matérielles et logicielles, installation, paramétrage, évolution, maintenance, support …). Pour le gestionnaire, la maîtrise des dépenses est à tout moment possible, puisque bien souvent, les tarifs d'utilisation d’une instance sont consultables en temps réel.

Enfin la flexibilité de la formule a aussi de quoi séduire : la « scalability », ou évolutivité est une composante importante du Cloud, car celui-ci s’adapte à votre croissance : besoin de connecter plus d’utilisateurs ? Un simple avenant au contrat et c’est chose faite ! Il n’y a quasiment pas de limites…

D’autres avantages existent : en particulier du fait que les données de l’entreprise sont accessibles sur le Net, les salariés mobiles, les travailleurs handicapés ou les télétravailleurs accèdent plus facilement à leurs informations respectives.

En revanche, du point de vue de la protection de l’environnement, les avis semblent diverger : le principe de la mutualisation des infrastructures entre les clients du Cloud semble plaider en sa faveur, et pourtant, Greenpeace a récemment épinglé, dans une étude, les principaux acteurs du Cloud computing, notamment pour la boulimie en électricité dont font preuve les principaux Data-center…

Un colosse aux pieds d’argile ?

Peut-on faire confiance au Cloud computing ? Les points faibles semblent nombreux dès lors que le propriétaire des données doit s’appuyer sur des infrastructures dont il n’a pas la maîtrise, car la règle du jeu fait que ces dernières peuvent se trouver dans n’importe quel centre de données, n’importe où sur la planète… Richard Stallman, le « père spirituel » du logiciel libre, n’a d’ailleurs pas hésité à lancer une vigoureuse mise en garde à ceux qui seraient tentés d’utiliser ces applications hébergées, justement à cause de cette perte de contrôle…

On comprend que dans ces conditions, l’entreprise, soucieuse de l’intégrité et de la sécurité de ses informations, y regardera à deux fois ! Certains incidents vécus récemment par des Clouds, pourtant gérés par des sociétés de renom, ont sans doute ajouté à la suspicion (*) ! On peut également penser que ces immenses infrastructures mutualisées, contenant les informations issues de très nombreuses sociétés, seront un véritable pot de miel pour les divers pirates et auteurs de virus !

Et que dire des problèmes de droit ! En la matière, c’est la loi du pays où sont stockées les données qui s’applique, il vaut mieux être au courant de ce genre de détail au moment de signer le contrat d’hébergement, sous peine d’avoir de mauvaises surprises …

Autre point faible, et non des moindres : le réseau. Ce dernier occupera une place de plus en plus critique dans le S.I., et la moindre interruption de service porterait un mauvais coup à la productivité !

Comment réussir le passage à un environnement « Cloud » ?

Le principe de base, comme souvent en matière de système d’information, est sans doute de ne pas succomber aveuglément aux sirènes de la mode et du marketing … Si le Cloud recèle, comme nous l’avons évoqué plus haut, un certain nombre d’avantages non négligeables, la négociation du contrat devra être menée avec beaucoup de sérieux.

Il conviendra, en particulier, d’être très regardant sur les questions de sécurité/confidentialité, de sauvegarde, de performances et de garantie de continuité de service. Le centre où se trouveront les données devra bien sûr être connu de l’utilisateur et présenter toutes les garanties que l’on est en droit d’attendre de ce genre d'installation. De plus, on veillera à disposer d’outils déportés, permettant d’auditer en temps réel le comportement de l’infrastructure.

Toutes ces exigences devront être consignées dans ce que l’on nomme un « SLA » (Service Level Agreements, autrement dit : Contrat de niveau de service), destiné à définir les obligations du fournisseur en terme de qualité de service, de sécurité, etc.

Bien sûr un certain nombre d’applications dites « sensibles » ne doivent pas faire l’objet d’une migration dans un Cloud, ou si cela s’avérait nécessaire, il est toujours envisageable pour l’entreprise de créer son propre Nuage privé ...

Dans tous les cas, on veillera à conserver une bonne, voire une haute disponibilité de l’information, via des dispositifs d’équilibrage de charge (Load balancing), que ce soit au niveau des machines ou du réseau, mais également à mettre en œuvre des dispositifs que l’on pourrait nommer « security balancing », à savoir une sorte de plan de continuité en cas d’aléa grave au niveau de l’hébergement ou du réseau…

(*) Google, et Amazon – EC2 ont connu des pannes rendant l'accès aux données de leur Cloud impossible pour de nombreux utilisateurs pendant plusieurs heures.


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